dimanche 22 novembre 2009

«Le concombre » (réponse à Théo P.)

« Je fais un bouillon. »
Théo Petitjean.

Dans la maison, dans la cuisine
Au fond à droite, tapi dans l’ombre
Succombe, en miette, une aubergine
C’est la tristesse du concombre

Ayant perdu, dans un massacre
Son père, sa mère, et ses amis
Dans la vapeur, une masse âcre
Lui seul a survécu, et puis

Leurs cadavres tout calcinés
Brûlés dorés trop cuits bouillis
N’ont pas été dégustés, et
N’ont même pas été servis

Cueillis tout frais du potager
Son père, sa mère et ses amis
N’étaient plus là pour protéger
Petit concombre de la vie

Ainsi, sans rien, s’est retrouvé
Le rescapé de la cueillette
Et entendra, salés poivrés
Crier les faibles, les fortes têtes

Sous le couvercle, (et à feu doux)
Carottes, tomates, et puis patates
Cuisent, ramollissent (soupe au caillou)
Pauvres carottes, pauvres tomates…

Petit concombre, tout esseulé
Enfoui sous terre, pour bien mûrir
Sans yeux ni larmes pour pleurer
Ne peut, hélas, que bien mourir

D’ailleurs se posent sur sa tête
Des petits doigts qui le caressent
Puis qui arrachent, découpent et jettent
Son petit corps, plein de détresse

Et le ragoût n’a pas servi
Trop cuit trop fait trop mou trop chaud
Ce beau bouillon finit sa vie
Dans le siphon du lavabo

Il est bien triste de se dire
Que pour un peu trop mou trop chaud
Il est facile de prédire
D’autres victimes du réchaud.


    ÉPILOGUE

Sans le vouloir, sans y penser
Dans un seul but humoristique
Il serait bien dur de tancer
Ce jeune poète, qui implique

Un fait bien triste qui nous touche
Un génocide bien connu
Rythmé par nombre d’escarmouches
De corps en charpie, de corps nus

Des dates qui chaque année montrent
Que nous autres sommes bien vils
Et que l’humain (se rend t-il compte ?)
Pourrait raser quelconque ville

Ainsi faut t-il attention faire
À nos écrits, nos opinions
Et ne laisser la tension faire
La cicatrice des nations.



     Benoît Dubos, 21/11/09

3 commentaires:

  1. Ce texte aussitôt écrit prend place dans mon anthologie personnelle.
    Je suis soufflé et sidéré par cette inspiration venue bousculer une matinée d'automne, et un peu plus que ça.
    Je pense quelques lectures ne suffiraient pas encore pour me sentir le droit de juger voire même de commenter ce poème.
    Juste bravo.

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  2. J'aime bien !


    Et j'aime aussi le fait que tu ai remarqué le paquet de ricola! Par contre je ne sais même pas ce qu'il fait là, juste que c'était une boite et que je pensais m'en servir comme tableau dans la maison en paquet de cigarette mais là je ne sais pas si il va me servir puisque je n'ai plus aucune idée de ce que je vais pouvoir faire de tout mes paquets...

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